Un coupeur de feu (on dit aussi barreur de feu, leveur de mal ou, en Suisse romande, faiseur de secret) est une personne qui affirme apaiser la douleur des brûlures par une prière ou une formule transmise en secret, souvent accompagnée d'un geste de la main, parfois à distance par simple appel téléphonique. La pratique est ancienne, très répandue dans les campagnes françaises, belges et suisses, et elle s'est étendue aux brûlures liées à la radiothérapie.
Disons-le d'emblée : aucune étude n'a montré d'effet objectif du « secret » sur une brûlure. Une étude française menée en service de radiothérapie a constaté que les patients qui consultent un coupeur de feu se disent soulagés, sans différence mesurable sur les lésions, la douleur ou la consommation d'antalgiques.
Et surtout : face à une brûlure, les gestes de premiers secours passent avant tout le reste. Refroidir à l'eau, évaluer la gravité, appeler le 15 ou le 112 si nécessaire. Un coupeur de feu responsable le rappelle à chaque appel.
Ce qu'est (et n'est pas) un coupeur de feu
Une pratique de tradition orale
Le « secret » est le plus souvent une courte prière ou une formule, parfois d'inspiration chrétienne, que le coupeur récite en pensant à la personne brûlée. Certains y associent un geste : passer la main au-dessus de la brûlure, souffler, tracer un signe. Le secret se transmet de personne à personne, oralement ; les règles de transmission varient selon les familles et les régions, et ne sont fixées par aucun texte.
Beaucoup de coupeurs de feu ne se considèrent pas comme des magnétiseurs : ils disent ne rien « donner » d'eux-mêmes, seulement transmettre une prière. D'autres pratiquent les deux. Ce qui les rapproche, c'est le cadre légal (voir plus bas) et l'exigence de prudence.
Une pratique souvent bénévole
Dans l'étude de radiothérapie citée plus bas, 75,8 % des « guérisseurs » consultés intervenaient bénévolement. La tradition veut souvent que le secret ne se monnaye pas. Si vous en faites une activité payante, vous entrez dans le droit commun d'une activité professionnelle : statut, déclaration des recettes, règles de publicité (voir notre article sur le statut juridique du magnétiseur).
Une pratique à distance
La plupart des coupeurs de feu interviennent par téléphone ou par SMS. Une coupeuse de feu interrogée par la RTBF en 2022 expliquait qu'un appel ou un message suffit et qu'elle demande seulement le prénom de la personne. Cette disponibilité, parfois de nuit, fait partie de la tradition.
Coupeurs de feu et hôpital : ce que l'on sait vraiment
On lit souvent que « tous les hôpitaux ont une liste de coupeurs de feu ». La réalité documentée est plus modeste.
- En radiothérapie, le recours est fréquent chez les patients. À l'Institut de cancérologie de la Loire Lucien-Neuwirth (Saint-Priest-en-Jarez), une étude publiée en 2017 portant sur 500 patients traités pour un cancer du sein ou de la prostate en 2015 a montré que 51,2 % avaient consulté un guérisseur (magnétiseur ou coupeur de feu) pendant leur traitement.
- Certains soignants, en France comme en Belgique, transmettent des coordonnées quand un patient le demande. En Belgique, la Fondation des brûlés déclarait en 2018 donner « parfois » des coordonnées de coupeurs de feu, en précisant que cela ne doit pas empêcher le traitement classique. En 2022, le service de radiothérapie d'un centre anticancéreux bruxellois indiquait à la RTBF ne pas décourager ses patients et pouvoir recommander des noms, sans employer de coupeurs de feu.
- En France, Paris Match Belgique rapportait en 2020 qu'une liste de coupeurs de feu locaux pouvait être obtenue à l'accueil de l'hôpital d'Annecy, et qu'une infirmière du SMUR de Thonon-les-Bains coupait elle-même le feu. Le même article indiquait que les spécialistes contactés à Lille, Marseille, Nantes et Metz déclaraient que les services de grands brûlés ne font pas appel aux coupeurs de feu. Nous n'avons trouvé aucune politique officielle publiée par un hôpital français organisant ce recours.
En résumé : la pratique est tolérée par une partie des soignants, à la demande des patients, comme un complément sans risque tant qu'il ne retarde pas les soins. Ce n'est ni une reconnaissance médicale, ni une prescription.
Ce que dit la recherche
La seule étude contrôlée que nous ayons trouvée sur le sujet est celle de l'Institut de cancérologie de la Loire, publiée dans la revue Oncotarget en 2017. Ses résultats :
- plus de 80 % des patients qui avaient consulté un guérisseur décrivaient un impact « bon » ou « très bon » sur la tolérance de leur traitement ;
- aucune différence n'a été observée sur les critères objectifs : toxicité cutanée, consommation d'antalgiques, douleur ;
- les auteurs concluent que les patients rapportent un bénéfice subjectif, sans amélioration objective de la tolérance.
Le magazine Allodocteurs (2026) rappelle aussi un biais simple : pour une brûlure superficielle, la douleur diminue naturellement dans l'heure qui suit. Si l'on a appelé un coupeur de feu pendant ce temps, on lui attribue l'amélioration.
Ce constat n'oblige pas à mépriser ceux qui se sentent apaisés. Il oblige à ne rien promettre : un coupeur de feu ne peut pas affirmer qu'il « guérit » une brûlure, qu'il évite une greffe ou qu'il remplace un pansement.
Les limites absolues : l'urgence d'abord
Les premiers gestes à rappeler à chaque appel
Avant même de réciter quoi que ce soit, assurez-vous que la personne a fait les bons gestes. L'Assurance maladie (ameli.fr) recommande de refroidir la brûlure le plus tôt possible sous l'eau tempérée (environ 20 °C) pendant 20 minutes, ou tant qu'elle est douloureuse, en veillant à ce que la personne ne se refroidisse pas. La Croix-Rouge française recommande une eau entre 15 et 25 °C, au moins 10 minutes et idéalement 20 minutes, en faisant couler l'eau en amont de la brûlure.
À ne pas faire, selon ces deux sources :
- pas de glace ni d'eau glacée ;
- pas de beurre, d'huile, de crème ou de « remède » sur la brûlure ;
- ne pas percer les cloques ;
- ne pas arracher un vêtement collé à la peau.
Quand appeler le 15 ou le 112
Selon l'Assurance maladie et la Croix-Rouge, une brûlure doit être considérée comme grave, et les secours appelés, notamment :
- chez un nourrisson ou un enfant de moins de 5 ans, quelle que soit la brûlure ;
- si elle est étendue (plus de 10 % de la surface du corps chez l'adulte, plus de 5 % chez l'enfant ou la personne âgée) ou si une cloque dépasse la moitié de la paume de la main de la victime ;
- si elle touche le visage, le cou, les mains, les articulations, les parties génitales ou la proximité des orifices naturels ;
- si la peau est blanche, cartonnée ou noirâtre (brûlure profonde) ;
- si elle est d'origine chimique, électrique ou radiologique ;
- chez une personne âgée ou immunodéprimée, même pour une brûlure qui paraît modérée.
Les numéros d'urgence sont le 15 (SAMU), le 18 (pompiers) et le 112 (numéro européen) ; le 114 par SMS pour les personnes sourdes ou malentendantes.
Les brûlures de radiothérapie
Pour une radiodermite, la personne est suivie par une équipe de radiothérapie. Votre intervention, si elle est demandée, ne remplace aucun soin prescrit, aucune crème recommandée par l'équipe, aucune consultation. Si la personne vous décrit une aggravation (plaie, suintement, fièvre), dites-lui d'en parler sans attendre à son équipe soignante.
Pratiquer de façon responsable, à distance
Si vous avez reçu un secret ou si l'on vous sollicite, voici une méthode simple, compatible avec le cadre légal décrit dans notre article ce que la loi interdit au magnétiseur.
Au moment de l'appel
- Demandez ce qui s'est passé : cause de la brûlure, âge de la personne, localisation, étendue, aspect de la peau.
- Vérifiez les critères de gravité ci-dessus. Au moindre doute, demandez d'appeler le 15 ou le 112 avant toute autre chose.
- Rappelez le refroidissement à l'eau tempérée et ce qu'il ne faut pas appliquer.
- Seulement ensuite, pratiquez votre secret si la personne le souhaite.
Ce que vous dites
- « Je peux prier pour vous, mais cela ne remplace pas les soins. »
- « Si la douleur ne passe pas, si des cloques apparaissent, ou si la brûlure est sur le visage ou les mains, allez voir un médecin. »
- Jamais : « Ne vous inquiétez pas, je vais vous l'enlever », « Pas besoin d'aller aux urgences », « Ne mettez rien, je m'en occupe ».
Ce que vous notez
Si vous gardez une trace des appels (date, prénom, type de brûlure), vous traitez des données de santé : demandez l'accord de la personne, notez le minimum et sécurisez vos notes. Nous détaillons ces règles dans les outils du magnétiseur.
Si vous êtes payé
Annoncez le prix avant l'intervention, remettez une note si la réglementation l'impose, et ne présentez jamais votre pratique comme un soin. Pour situer cette activité dans un parcours plus large, notre guide devenir magnétiseur fait le point. La page du Monde d'Isis consacrée au magnétisme présente par ailleurs la pratique des mains, distincte du secret.
Questions fréquentes
Un coupeur de feu peut-il remplacer les urgences ?
Non, jamais. Pour une brûlure grave (enfant de moins de 5 ans, brûlure étendue, profonde, sur le visage, les mains, les articulations ou les parties génitales, origine chimique ou électrique), appelez le 15 ou le 112. Le coupeur de feu ne doit intervenir qu'en complément, après les premiers gestes.
Que faire en premier en cas de brûlure ?
Refroidir la brûlure sous l'eau tempérée : l'Assurance maladie recommande environ 20 °C pendant 20 minutes, la Croix-Rouge entre 15 et 25 °C, au moins 10 et idéalement 20 minutes. Pas de glace, pas de corps gras, ne pas percer les cloques, puis évaluer la gravité.
Les hôpitaux ont-ils des listes de coupeurs de feu ?
Certains établissements ou soignants transmettent des coordonnées à la demande des patients, en France comme en Belgique, mais les services de grands brûlés interrogés par la presse disent ne pas y faire appel, et nous n'avons trouvé aucune politique officielle publiée par un hôpital français. C'est une tolérance informelle, pas une reconnaissance médicale.
Le secret du coupeur de feu est-il efficace ?
Une étude française menée en radiothérapie a montré que les patients se disent soulagés, sans différence objective sur la brûlure, la douleur mesurée ou les antalgiques. Le bénéfice rapporté est subjectif ; aucune efficacité sur la lésion n'est démontrée.
Peut-on couper le feu à distance ?
C'est la forme la plus courante : un appel ou un message, souvent avec le seul prénom de la personne. Cela ne dispense pas de poser les questions de gravité et de rappeler les gestes d'urgence avant toute chose.
Faut-il un statut pour être coupeur de feu ?
Si vous intervenez bénévolement et ponctuellement, aucun statut n'est requis. Si vous êtes payé de façon habituelle, il s'agit d'une activité professionnelle qui doit être déclarée, avec les mêmes règles de publicité et les mêmes interdits que pour un magnétiseur.
Le magnétisme est une pratique de bien-être : il ne remplace ni un diagnostic ni un traitement médical. En cas de symptôme, consultez un médecin ; ne modifiez jamais un traitement sans son avis.
Sources
- Brûlures de la peau : que faire ? (ameli.fr, Assurance maladie)
- Que faire en cas de brûlure ? (Croix-Rouge française)
- Guy JB et al., « Healing touch in radiation therapy: is the benefit tangible? », Oncotarget, 2017 (PubMed)
- Coupeurs de feu pour soulager les douleurs : est-ce vraiment efficace ? (Allodocteurs, 2026)
- Cancer : le recours aux coupeurs de feu (Allodocteurs)
- Les coupeurs de feu s'invitent dans les hôpitaux (DH, 2018)
- Coupeurs de feu : ces sorciers connectés qui soulagent la douleur par téléphone (RTBF, 2022)
- Dans les secrets des coupeurs de feu (Paris Match Belgique, 2020)



