La première séance ne se joue pas pendant l'imposition des mains : elle se joue dans les dix premières minutes. C'est là que la personne comprend ce que vous faites, ce que vous ne faites pas, combien cela coûte et ce qu'elle peut attendre. Un cadre posé clairement ce jour-là vous évite la plupart des malentendus, des déceptions et des dérives des mois suivants.
Cet article s'adresse aux praticiens. Il décrit un déroulé possible, les questions utiles, les règles qui s'appliquent à vos notes, et les phrases qu'un magnétiseur ne prononce jamais.
Avant la séance : ce que la personne doit savoir
Le prix et la durée, sans qu'elle ait à demander
Le client doit connaître le prix avant de s'engager, sans avoir à le réclamer, et vos tarifs doivent être affichés TTC dans votre lieu d'accueil. Pour toute prestation d'au moins 25 € TTC, vous remettez une note dès la séance terminée et avant le paiement (arrêté du 3 octobre 1983) ; en dessous, sur demande. La note mentionne notamment la date, votre nom et votre adresse, le nom du client (sauf s'il s'y oppose) et le détail de la prestation. Nous détaillons ces règles dans fixer ses tarifs de magnétiseur.
Un message de confirmation qui dit tout
Au moment de la prise de rendez-vous, envoyez un message court qui reprend :
- la date, l'heure, l'adresse et la durée prévue ;
- le prix et les moyens de paiement acceptés ;
- le déroulé en deux phrases (un temps d'échange, puis un temps de magnétisme, la personne restant habillée) ;
- la phrase : « La séance ne remplace pas un avis médical ; si vous êtes suivi(e) pour ce qui vous amène, poursuivez votre traitement » ;
- les conditions d'annulation, si vous en avez.
Ce message protège la personne autant que vous : chacun sait à quoi il s'engage.
Le cas des mineurs
L'autorité parentale appartient aux parents jusqu'à la majorité de l'enfant, pour le protéger « dans sa sécurité, sa santé » (article 371-1 du Code civil). Aucun texte ne classe expressément une séance de magnétisme parmi les actes « usuels » qu'un seul parent peut décider. La règle de prudence que nous recommandons : ne recevez un mineur qu'avec l'accord écrit de ses représentants légaux, et de préférence en présence de l'un d'eux. Un adolescent qui se présente seul est réorienté vers ses parents, quelle que soit sa demande.
Les dix premières minutes : accueillir et questionner
Présenter ce que vous faites, et ce que vous ne faites pas
Commencez par trois phrases simples, toujours les mêmes :
- ce qu'est une séance chez vous (écoute, puis imposition ou passes des mains, habillé) ;
- ce que vous ne faites pas : pas de diagnostic, pas de promesse de résultat, pas de conseil sur un traitement ;
- ce que la personne peut faire à tout moment : poser une question, demander une pause, arrêter la séance.
Si vous voulez donner à lire quelque chose avant ou après la séance, la page du Monde d'Isis sur le magnétisme en présente l'histoire et les usages ; choisissez toujours un support qui ne promet rien.
Les questions utiles
Le but n'est pas de « faire une anamnèse » comme un soignant : vous n'en avez ni le rôle ni la compétence. Le but est de comprendre la demande et de repérer ce qui exige un médecin.
- Qu'est-ce qui vous amène aujourd'hui ? Laissez la personne répondre avec ses mots, sans reformuler en termes médicaux.
- Qu'attendez-vous de cette séance ? Si la réponse est « guérir », « ne plus avoir besoin de mon traitement » ou « savoir ce que j'ai », recadrez tout de suite.
- Êtes-vous suivi(e) par un médecin pour cela ? Si non, et que le motif le justifie, conseillez clairement de consulter.
- Prenez-vous un traitement ? Uniquement pour pouvoir dire : « Continuez-le, la séance s'y ajoute, elle ne le remplace pas. » Vous n'avez pas à en connaître le détail.
- Y a-t-il des zones que vous ne souhaitez pas que j'approche ? Le consentement au geste se recueille avant, pas pendant.
Les motifs qui imposent d'orienter d'abord
Certaines situations ne relèvent pas d'une séance, ou pas d'abord d'une séance :
- un symptôme récent, inexpliqué ou qui s'aggrave (douleur, essoufflement, perte de poids, fièvre qui dure) : orientez vers un médecin avant toute chose ;
- une urgence : le 15 (SAMU) ou le 112 ;
- des idées suicidaires : le 3114, gratuit, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 ;
- un enfant en danger : le 119 ;
- des violences conjugales : le 3919 ; un danger immédiat : le 17.
L'article 223-6 du Code pénal punit de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende celui qui s'abstient de porter secours à une personne en péril alors qu'il pouvait le faire, par lui-même ou en appelant les secours, sans risque pour lui ou pour les autres. Appeler, c'est déjà agir.
Ce que vous pouvez noter, et à quelles conditions
Une donnée de santé reste une donnée de santé
La CNIL définit les données de santé comme celles qui concernent la santé physique ou mentale, passée, présente ou future, d'une personne. La notion est large et ne dépend pas de la qualité de celui qui les recueille : « mal de dos depuis six mois » ou « traitement pour l'anxiété » écrit dans votre carnet est une donnée de santé.
Le RGPD (article 9) interdit en principe de traiter ces données, sauf exceptions. Un magnétiseur n'étant pas un professionnel de santé, l'exception qui lui reste en pratique est le consentement explicite de la personne : un accord écrit, clair, par un geste positif (une signature, une case non précochée). Le référentiel de la CNIL sur la gestion des fichiers clients le rappelle : lorsque le service implique le traitement de données de santé, le consentement des personnes est requis.
La règle simple : noter peu
Le meilleur moyen de rester dans les clous est de minimiser :
- notez le motif exprimé par la personne, avec ses mots, et ce que vous avez fait ;
- ne notez ni diagnostic (vous n'en posez pas), ni nom de médicament, ni détail d'un dossier médical ;
- si la personne ne souhaite pas que vous gardiez de notes, n'en gardez pas : la séance a lieu quand même.
Informer, conserver, protéger
Au moment où vous recueillez ces informations, la personne doit savoir (article 13 du RGPD) : qui vous êtes et comment vous joindre, pourquoi vous notez, sur quelle base, combien de temps vous gardez, qui y a accès, quels sont ses droits (accès, rectification, effacement, retrait du consentement) et qu'elle peut saisir la CNIL. Une fiche d'une page, signée à la première séance, suffit.
Pour la durée, la CNIL recommande, pour un fichier clients, de conserver les données pendant la relation, puis trois ans après le dernier contact pour la prospection. Elle ne fixe pas de durée propre aux notes d'un praticien non soignant : appliquez une durée courte et justifiée, et supprimez les notes de séance quand la relation est terminée, sauf raison précise de les garder. La note de prestation, elle, est une pièce comptable : elle suit les règles de conservation comptables, et ne contient aucune donnée de santé.
Rangez vos notes sous clé (papier) ou chiffrées (numérique). L'obligation d'hébergeur certifié « HDS » vise les données recueillies lors d'activités de prévention, de diagnostic, de soins ou de suivi médico-social (article L1111-8 du Code de la santé publique) ; aucun texte ne dit qu'une séance de magnétisme en relève. En cas de doute, préférez un stockage local chiffré à un service en ligne grand public.
La confidentialité
Aucun texte ne soumet expressément le magnétiseur au secret professionnel pénal, mais la confidentialité est une exigence élémentaire du métier, et le RGPD protège les informations recueillies. Ne parlez jamais d'une personne reçue à un tiers, même anonymement si elle est reconnaissable, et ne publiez aucun témoignage sans son accord écrit.
Le déroulé de la séance
Un déroulé type, que vous adapterez à votre pratique :
| Temps | Durée indicative | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| Accueil et cadre | 10 à 15 min | Présentation, questions, consentement, fiche d'information |
| Installation | 2 à 3 min | La personne reste habillée, assise ou allongée ; vous dites où vous allez poser les mains |
| Magnétisme | 20 à 40 min | Imposition ou passes, en silence ou presque ; vous annoncez chaque changement de zone |
| Retour | 5 à 10 min | La personne dit ce qu'elle a ressenti ; vous écoutez sans interpréter |
| Fin | 2 à 3 min | Paiement, note, aucune obligation de revenir |
Ces durées sont des repères, pas une norme.
Pendant le temps de magnétisme, les zones intimes ne sont jamais concernées et la personne reste habillée. Annoncer chaque geste n'est pas une précaution excessive : c'est ce qui permet à la personne de rester maîtresse de la situation. Le guide de la Miviludes et ses rapports relatent des condamnations de praticiens pour des agressions commises pendant des séances : un cadre net protège tout le monde.
Le retour : écouter sans interpréter
À la fin, demandez simplement : « Comment vous sentez-vous ? » Accueillez la réponse telle quelle. Une sensation de chaleur, de détente, ou rien du tout : tout est recevable, et rien ne doit être transformé en signe médical.
Les phrases qu'un magnétiseur ne dit jamais
Chacune de ces phrases vous expose juridiquement et trahit la confiance de la personne.
- « Je sens que c'est votre foie / votre thyroïde / un blocage au niveau du cœur. » C'est un diagnostic. L'article L4161-1 du Code de la santé publique réserve aux médecins l'établissement d'un diagnostic, « réel ou supposé », par quelque procédé que ce soit.
- « Vous pouvez arrêter vos médicaments » ou « vous n'en aurez bientôt plus besoin ». Depuis la loi du 10 mai 2024, l'article 223-1-2 du Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende la provocation répétée d'une personne malade à abandonner un traitement, quand cet abandon est manifestement dangereux.
- « En cinq séances, ce sera réglé. » Une promesse de résultat. Les pratiques commerciales trompeuses, qui portent notamment sur les « résultats attendus » d'un service (article L121-2 du Code de la consommation), sont punies de deux ans d'emprisonnement et de 300 000 € d'amende.
- « Votre médecin ne comprend rien à votre cas. » Discréditer la médecine est l'un des signaux d'alerte de dérive thérapeutique repérés par la Miviludes.
- « Il faut revenir toutes les semaines. » C'est à la personne de décider si elle revient.
- « Vous avez attiré cette maladie » ou « c'est votre colère qui vous rend malade ». La culpabilisation est un autre signal d'alerte, et une violence.
La phrase qui remplace toutes celles-là : « Je ne suis pas médecin. Ce que je propose s'ajoute à votre suivi, ça ne le remplace pas. »
Les signaux d'alerte, pour vous-même
La Miviludes décrit la dérive thérapeutique comme un glissement : le praticien fait adhérer la personne à une croyance, présente les soins conventionnels comme inutiles, l'éloigne de ses proches et de son médecin, puis multiplie les séances et les dépenses. Personne ne commence par là. Surveillez dans votre propre pratique :
- une personne qui revient de plus en plus souvent et dit ne plus pouvoir se passer de vous ;
- des sommes qui augmentent (séances rapprochées, stages, objets) ;
- une personne qui vous rapporte qu'elle a espacé ses rendez-vous médicaux « puisque ça va mieux » ;
- votre propre envie d'être « celui ou celle qui sauve ».
Face à une personne particulièrement vulnérable, l'article 223-15-2 du Code pénal (abus de faiblesse) prévoit trois ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende. Nous détaillons l'ensemble de ces textes dans ce que la loi interdit au magnétiseur.
Après la séance
- Remettez la note, encaissez, et laissez la personne repartir sans nouveau rendez-vous imposé.
- Rédigez vos notes dans l'heure, brièvement, selon la règle de minimisation.
- Prenez cinq minutes pour vous avant la personne suivante. Les débutants enchaînent ; les praticiens qui durent ménagent des pauses.
Si vous débutez, les premières séances se préparent aussi en amont : notre guide devenir magnétiseur décrit l'étape de pratique encadrée, la plus utile pour aborder ces situations avant d'y être confronté seul.
Questions fréquentes
Comment se déroule une première séance chez un magnétiseur ?
Le plus souvent : un temps d'accueil où la personne explique ce qui l'amène et où le praticien pose le cadre (prix, durée, absence de diagnostic), puis 20 à 40 minutes d'imposition ou de passes des mains, la personne restant habillée, et un court échange final. Le tout dure en général moins d'une heure et quart.
Un magnétiseur peut-il demander quels médicaments je prends ?
Il peut demander si vous suivez un traitement, uniquement pour vous rappeler de le poursuivre. Il n'a pas à en connaître le détail, ne doit jamais le commenter et ne doit jamais conseiller de l'arrêter.
Un magnétiseur a-t-il le droit de garder des notes sur ses clients ?
Oui, à condition de respecter le RGPD : informer la personne, recueillir son consentement explicite si les notes touchent à sa santé, noter le strict nécessaire, protéger et limiter la durée de conservation. Sans accord, pas de notes.
Peut-on recevoir un mineur en séance de magnétisme ?
Nous recommandons de ne le faire qu'avec l'accord écrit de ses représentants légaux, et de préférence en présence de l'un d'eux. L'autorité parentale s'exerce pour protéger l'enfant dans sa santé et sa sécurité.
Que faire si une personne parle d'idées suicidaires pendant la séance ?
Prenez-la au sérieux, ne restez pas seul avec cela et orientez-la vers le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 heures sur 24. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.
Le magnétisme est une pratique de bien-être : il ne remplace ni un diagnostic ni un traitement médical. En cas de symptôme, consultez un médecin ; ne modifiez jamais un traitement sans son avis.
Sources
- Arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983 relatif à la publicité des prix de tous les services, Légifrance
- Article 371-1 du Code civil (autorité parentale), Légifrance
- Service-public, actes usuels et non usuels de l'autorité parentale
- CNIL, qu'est-ce qu'une donnée de santé ?
- CNIL, définition de la donnée sensible
- CNIL, RGPD, article 9 (catégories particulières de données)
- CNIL, référentiel relatif à la gestion des activités commerciales (PDF)
- CNIL, information des personnes et transparence
- Article L1111-8 du Code de la santé publique (hébergement de données de santé), Légifrance
- Article 226-13 du Code pénal (secret professionnel), Légifrance
- Article 223-6 du Code pénal (omission de porter secours), Légifrance
- Article 223-1-2 du Code pénal (provocation à l'abandon de soins), Légifrance
- Article L121-2 du Code de la consommation (pratiques commerciales trompeuses), Légifrance
- Article L132-2 du Code de la consommation (sanctions), Légifrance
- Article 223-15-2 du Code pénal (abus de faiblesse), Légifrance
- Article L4161-1 du Code de la santé publique, Légifrance
- Ma Sécurité, numéros utiles nationaux (mis à jour le 13 juillet 2026)
- Ministère des Solidarités, prévention du suicide et 3114
- Miviludes, guide « Santé et dérives sectaires » (PDF)



